Découvrez comment Montréal innove en gestion des risques technologiques : Une approche proactive basée sur des analyses de risques déterministes et probabilistes, et des critères reconnus pour assurer la sécurité de la population tout en favorisant un développement urbain harmonieux et durable. Un modèle inspirant pour les villes de demain.

Montréal, carrefour économique du Québec et du Canada, est une plaque tournante du transport de marchandises à l’échelle nord-américaine, y compris le transport de matières dangereuses; une vocation qui repose en grande partie sur l’efficacité de ses infrastructures terminales, de son réseau routier supérieur, de ses corridors ferroviaires et de son parc industriel diversifié.

Cependant, comme toute autre grande métropole, Montréal doit composer avec certains risques associés aux activités industrielles se déroulant sur son territoire. D’ailleurs, l’agglomération compte plus de 70 sites fixes à risques industriels majeurs pouvant, en cas d’accident, entraîner des conséquences graves sur la population, les biens et l’environnement.

C’est à la Direction de la sécurité civile et de la continuité des affaires (DSCCA) que revient la responsabilité de gérer les risques majeurs, incluant ceux associés aux substances dangereuses, et de coordonner la réponse aux sinistres sur l’ensemble du territoire de l’agglomération de Montréal. Pour remplir cette mission, elle mobilise l’Organisation de sécurité civile et de continuité des affaires de l’agglomération de Montréal (OSCCAAM).

L’OSCCAAM réunit des professionnels ayant des expertises variées et complémentaires qui, sous la coordination de la DSCCA, interviennent dans les quatre sphères de la sécurité civile. L’OSCCAAM veille, entre autres, à ce que les risques technologiques soient pris en compte, autant en matière de prévention, de préparation, d’intervention que de rétablissement.

Ainsi, dans un contexte de transformation urbaine où d’anciens secteurs autrefois industriels sont appelés à devenir des milieux de vie complets, Montréal privilégie une approche proactive. Cela permet d’assurer une cohabitation sécuritaire entre les différents usages du territoire, notamment les usages sensibles (écoles, garderies, centres de santé, etc.), résidentiels et industriels.

Tout au long du processus de conception des projets d’aménagement, la DSCCA peut accompagner les services centraux, les arrondissements et les villes reconstituées de l’agglomération dans l’évaluation des risques technologiques. Lorsque ses services sont retenus, l’équipe soutient ces derniers dans leur prise de décision en se basant sur les meilleures pratiques en matière de sécurité civile.

Dans son analyse de risques, la DSCCA s’appuie sur des méthodologies éprouvées, telles que la démarche proposée par le CONSEIL pour la RÉDUCTION des ACCIDENTS INDUSTRIELS MAJEURS (CRAIM), les directives émises par Environnement et Changement climatique Canada (ECCC), dans le cadre de l’application du Règlement fédéral sur les urgences environnementales (RUE) et celles proposées par le Center for Chemical Process Safety (CCPS), entre autres. Afin d’évaluer la compatibilité des usages, la DSCCA utilise les seuils d’effet de référence proposés par le guide du CRAIM et soutenus par la Société canadienne de génie chimique. Cette approche permet ainsi à Montréal d’ajuster de nombreux projets dès la phase de planification, tout en favorisant une cohabitation harmonieuse et sécuritaire entre les différentes vocations du territoire.

Approche déterministe et probabiliste : deux visions complémentaires du risque

Dans le cadre de la gestion des risques industriels, il est essentiel de distinguer deux grandes approches d’analyse : l’approche déterministe et l’approche probabiliste. Chacune répond à des objectifs spécifiques et repose sur des principes méthodologiques distincts.

L’approche déterministe : se préparer au pire

Montréal utilise l’approche déterministe principalement pour la planification des mesures d’urgence. Cette méthode vise à répondre à une question simple, mais cruciale :
« Quels seraient les impacts d’un accident industriel majeur ? »

Elle repose sur des scénarios d’accidents types, appelés scénarios normalisés alternatifs, définis selon les barèmes du RUE. La modélisation de ces scénarios permet de déterminer les conséquences d’un événement grave. L’objectif est de préparer les services d’urgence à intervenir efficacement dans le pire des cas, en identifiant les zones d’impact, les populations, les infrastructures critiques à protéger, etc.

L’approche probabiliste : planifier un développement sécuritaire

Pour les décisions liées à l’aménagement du territoire, Montréal privilégie l’approche probabiliste. Cette méthode tient davantage compte des efforts continus des industries pour réduire les risques à la source (systèmes de sécurité, surveillance, procédures opérationnelles, entretien préventif, etc.) en quantifiant la probabilité d’occurrence des scénarios d’accident. Elle considère également l’application des règles de sécurité et de contrôle effectuées par les autres paliers gouvernementaux au niveau du transport. Bien que ces mesures (ex. limitations de vitesse imposées aux convois ferroviaires) n’éliminent pas la probabilité qu’un accident majeur se produise, elles contribuent à une réduction significative de la probabilité d’occurrence.

L’analyse probabiliste permet donc de quantifier le risque en calculant la probabilité cumulative d’un accident, en fonction de l’ensemble des défaillances possibles sur un site industriel ou lors du transport de substances dangereuses. Le résultat est représenté sous forme d’isocontours de risque, qui illustrent la probabilité annuelle de décès individuel pour une personne exposée en permanence à un point donné (coordonnées x, y, z).

Des seuils de référence pour guider les décisions

Les seuils de référence du CRAIM permettent de déterminer les usages du territoire acceptables en fonction du risque annuel individuel de décès. Par exemple, un risque de 0,0001 % équivalent à 1 sur 1 000 000 par an est généralement considéré comme acceptable pour des usages résidentiels. Ces seuils sont également reconnus par la Société canadienne de génie chimique, ce qui renforce leur légitimité.

Critères utilisés dans le cadre de l’aménagement du territoire :

Réduction du risque à la source : Montréal favorise la réduction des risques à la source. À ce titre, la métropole a entrepris la transformation des systèmes de réfrigération de ses arénas. Ainsi, la grande majorité des systèmes de réfrigération sous sa responsabilité sont maintenant de type indirect et respectent les règles le plus strictes en matière de sécurité, ce qui a mené à une réduction significative du risque sur le territoire.

De plus, les usines de production d’eau potable, qui desservent le territoire de l’agglomération, ont été converties à l’hypochlorite de sodium. Ceci afin d’éliminer de manière définitive les risques associés à l’utilisation du chlore gazeux.

Contribuer à la ville de demain : Face aux défis posés par le transport de substances dangereuses et les activités industrielles en milieu urbain, Montréal fait preuve de rigueur, d’innovation et de collaboration. Cela lui permet de répondre adéquatement aux besoins et défis actuels, tout en contribuant à un avenir plus résilient, sécuritaire et durable pour l’ensemble de la population.

Pour aller plus loin!

Veuillez consulter le Guide du CRAIM (Chap. 6 – Aménagement du territoire). À noter que les analyses de risques sont des outils parmi d’autres pour renseigner la prise de décision dans le cadre de l’aménagement du territoire.